Ligne Maginot

Le 15 mars 1935, le ministre français de la guerre, le général Louis Maurin, s'adressa à la Chambre des députés dans les termes suivants: "Comment pourrait-on imaginer que nous pensions encore en termes de mouvements offensifs alors que nous avons dépensé des milliards pour construire une barrière fortifiée? Pourquoi le serions-nous? assez insensé pour dépasser cette barrière sur qui sait quelle aventure? " Ces quelques mots résumaient la pensée militaire de la France pendant l'entre-deux-guerres, et les implications étaient claires: si la France avait fait un certain nombre d'alliances en Europe, elle ne viendrait pas au secours de ses alliés si le besoin s'en faisait sentir parce que son armée n'avait aucune intention. de sortir de derrière ses lignes fortifiées.

La Première Guerre mondiale s'est déroulée en trois phases: une guerre de mouvement basée sur une offensive totale qui a pris fin par un véritable massacre d'infanterie; une période d'impasse de guerre de tranchées qui était également très coûteuse en vies humaines; et une reprise de la guerre mobile dans laquelle les chars et l'aviation ont joué un très grand rôle. Le bon sens aurait dicté le développement ultérieur de ces deux types d'armements, dans la production desquels la France excellait en 1919, mais des facteurs psychologiques (la propagation continue du pacifisme) combinés à des considérations financières ont pratiquement stoppé une telle ligne de conduite. Le service militaire a également été réduit (à un an seulement en 1928). Il est vrai que tous les politiciens et chefs militaires - notamment le maréchal Ferdinand Foch - n'étaient pas d'accord sur cette question; ni, a priori, l'idée d'une ligne de fortifications n'est nécessairement incompatible avec la guerre mobile, une fois que la mobilisation et la concentration des troupes ont été effectuées dans la zone défendue. Mais les vues du maréchal Philippe Pétain (1856–1951) l'emportèrent et l'option militaire rapidement choisie fut la défense totale derrière cette ligne. Des études de faisabilité ont été faites de 1925 à 1929 sous la direction du ministre de la Guerre Paul Painlevé. La loi du 13 juillet 1927 a décrété que «la protection de l'intégrité du territoire national» devait devenir «l'objectif essentiel de l'organisation militaire du pays». La construction était déjà en cours au moment où le parlement, le 14 janvier 1930, vota la loi autorisant le projet et alloua 2,900 1910 millions de francs pour soutenir les travaux sur une période de cinq ans. Le ministre de la guerre était alors André Maginot, député parlementaire de Bar-le-Duc depuis 1914, appelé en tant que simple soldat en 1917, grièvement blessé au combat et hospitalisé pendant près d'un an, et aujourd'hui figure politique importante de le centre-droit qui avait occupé plusieurs postes ministériels depuis XNUMX. En réalité, cependant, il n'avait que très peu à voir avec la construction de la ligne de fortifications à laquelle son nom s'attachait.

La ligne Maginot n'était pas une grande muraille de Chine. Il comprenait des installations souterraines très fortement fortifiées avec des positions moins fortement protégées espacées entre elles. Jugé imprenable, il a reçu une grande publicité dans les années 1930 et a été glorifié de toutes sortes de façons. En un sens, c'était la vitrine militaire de la France. Malheureusement, l'affirmation largement répandue selon laquelle elle protégeait toute la frontière du nord et du nord-est de la France s'est avérée fausse. La ligne Maginot proprement dite était l'œuvre d'une «Commission pour l'organisation des régions fortifiées», et en fait elle ne se composait que de deux systèmes de fortifications, l'un couvrant la région autour de Metz et l'autre la frontière franco-allemande le long de la rive gauche de le Rhin. Le long du Rhin, on a estimé que des positions relativement plus faibles suffiraient à rendre le fleuve impossible à traverser. Plus à l'ouest, dans les Ardennes, dont le terrain forestier était considéré comme impraticable par une armée moderne, et le long de la frontière belge, rien n'a été fait. Fortifier la frontière avec la Belgique aurait suggéré que ce pays serait automatiquement abandonné en cas de guerre.

Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, lorsqu'une autre guerre semblait possible, et quand la guerre a effectivement éclaté en septembre 1939, il est devenu évident que la frontière nord avait besoin d'être fortifiée, et un grand nombre de structures de force limitée ont été construites avec des effectifs militaires (ou main d'oeuvre militaire, d'où le nom "MOM Line"). La force incontestable de la ligne Maginot a inévitablement conduit les dirigeants allemands à chercher un moyen de la flanquer en cas d'invasion, c'est-à-dire de passer à travers la Belgique. Cette éventualité a été anticipée par les Français, qui ont lancé leurs meilleures troupes en Belgique lorsque les Allemands se sont déplacés; mais le plan allemand avait été modifié - à la dernière minute, il est vrai - et la décision prise de traverser les Ardennes presque sans défense. L'offensive allemande qui en résulta prit les troupes françaises de l'arrière tout en permettant aux Allemands de s'écouler derrière la ligne Maginot. Les positions Maginot avaient encore la capacité de se défendre mais en vain: les armées allemandes envahissaient la France, et une fois l'armistice signé, les garnisons de ligne n'avaient d'autre choix que de se rendre.

La construction de la ligne Maginot était donc une vaine entreprise; il met en évidence les désastreuses notions stratégiques du commandement français et, pire encore, engloutit d'immenses sommes d'argent qui auraient été mieux dépensées en chars et en avions.

Après la guerre, la ligne Maginot a été abandonnée et certaines de ses structures physiques ont même été vendues à des particuliers.